vendredi 21 juillet 2017


Tu manques, si tu savais.
Tu manques à chaque instant. 
Chaque geste est incomplet. 
Chaque mot prononcé rencontre un silence. 
Chaque lieu traversé est vide de ton corps. 
Chaque regard est aveugle. 
Chaque minute est une morsure, un regret.

Philippe Besson

Photo M@claire©
Musée Rodin - Juillet 2017
Le Baiser





lundi 17 juillet 2017



Si tu veux me revoir, cherche moi sous tes pas,
Si tu ne me trouves pas du premier coup, garde courage !
Si je t'échappe à un endroit,
Cherche ailleurs, je me suis arrêté quelque part
Et n'attends que toi.


Walt Witman
Photo Sylvain Borsatti©










jeudi 13 juillet 2017



Combien de ports pourtant...

Combien de ports pourtant, et dans ces ports
combien de portes, t'accueillant peut-être.
Combien de fenêtres
d'où l'on voit ta vie et ton effort.

Combien de grains ailés de l'avenir
qui, transportés au gré de la tempête,
un tendre jour de fête
verront leur floraison t'appartenir.

Combien de vies qui toujours se répondent ;
et par l'essor que prend ta propre vie
en étant de ce monde,
quel gros néant à jamais compromis.

Rainer Maria Rilke


lundi 10 juillet 2017

Ciel, terre, mer
Où êtes-vous?
Dans ce rendez-vous
Où l'intime de nos êtres
Mêlé à vos êtres,
Dans un cœur à cœur de lumière,
Change les couleurs de la vie,
Les douleurs de nos vies;

Et puis
L'infini du regard...
Les yeux où le noir,
Fin brouillard des sentiments,
Qu'un azur aux traits de pigments,
Du pinceau des orages a repeint d'espoir.

Espoir si flou, si pur,
Fort comme vague
Fuyant aux bleus d'une blessure
Comme nues insaisissables,
Aux ors des marines de sable...

Comme voile qui s'étire
Et file,
Dans les ocres aux parfums de safran
Sur le jour qui tombe...

Et nous,
Dans l'irréelle vision rouge
D'un soleil de sang figé
Troué de lumière crue,
Aspirons une poussière dorée
Où mûrit une moisson d'éternité.

Magdeleine Michel 







lundi 3 juillet 2017

Et puis un jour on trouverait le Nord avec des rires aux fenêtres
L’éclat des corps dehors à inventer même si on a coupé nos arbres
Même si au ralenti l’ailleurs s’en est allé on allégerait l’épaisseur du silence
Et le ciel évidé on secouerait toute la neige tombée sur les épaules
Un geste de refus si longtemps amarré à l’obscurité le monde
Un jour on trouverait une brèche vers le soleil on volerait le feu
Pour la beauté des flammes la liberté des rues offerte aux passants
Il suffirait de suivre l’empreinte des caresses sur nos corps
Cette place où indéfiniment bat la mer où insiste la vie dans l’apaisement
Des visages cette promesse cet accueil si loin de la dépossession
Alors d’autres pages à écrire au dos des jours raflés d’autres parcours
Quelques mots d’amour assemblés pour délacer les ombres
Un rendez-vous au-delà des matins fatigués
Aveugles au temps perdu nos rêves trop grands toujours trop grands
A nos dimensions de vivants sur le vide du ciel l’autre face du monde un jour
On trouverait ce dimanche qui se fait attendre au-delà de nos fièvres renversées


Mireille  Fargier Caruso
Illustration Peter Rotter









 


lundi 26 juin 2017


Se taire peut être une musique,
une mélodie différente,
qui se brode en fils d’absence
sur l’envers d’un étrange tissu.


Roberto Juarroz




lundi 19 juin 2017



Ma renarde, pose ta tête sur mes genoux. Je ne suis pas heureux et pourtant tu suffis. Bougeoir ou météore, il n'est plus de cœur gros ni d'avenir sur terre. Les marches du crépuscule révèlent ton murmure, gîte de menthe et de romarin, confidence échangée entre les rousseurs de l'automne et ta robe légère. Tu es l'âme de la montagne aux flancs profonds, aux roches tues derrière les lèvres d'argile. Que les ailes de ton nez frémissent. Que ta main ferme le sentier et rapproche le rideau des arbres. Ma renarde, en présence des deux astres, le gel et le vent, je place en toi toutes les espérances éboulées, pour un chardon victorieux de la rapace solitude.

René Char