lundi 29 juin 2020

L'attachement à soi augmente l'opacité de la vie. 
Un moment de vrai oubli, 
et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents; 
de sorte qu'on voit la clarté jusqu'au fond; 
Et, 
du coup, 
plus rien ne pèse. 


Philippe Jaccottet - La Semaison





vendredi 19 juin 2020

Tenir l’âme en état de marche
Tenir le contingent à distance
Tenir l’âme au-dessus de la mêlée
Tenir Dieu pour une idée comme une autre
un support, une éventualité,
une contrée sauvage de l’univers poétique
Tenir les promesses de son enfance
Tenir tête à l’adversité
Ne pas épargner l’adversaire
Tenir parole ouverte
Tenir la dragée haute à ses faiblesses
Ne pas se laisser emporter par le courant
Tenir son rang dans le rang de ceux qui sont décidés
à tenir l’homme en position estimable
Ne pas se laisser séduire par la facilité
sous le prétexte que les pires
se haussent commodément au plus haut niveau
et que les meilleurs ont peine à tenir la route
Etre digne du privilège d’être
sous la forme la plus réussie: l’homme.
Ou mieux encore, la femme.

Jean Pierre Rosnay



lundi 15 juin 2020



Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

René Char - Fureur et mystère









lundi 8 juin 2020




« Ne commence pas ta journée avec les blessures d’hier »

Phil Bosmans



Château Bois Guilbert - Seine Maritime 

samedi 6 juin 2020



Combien de fois
aurais-je dû
Me sentir lasse
et sans courage !
Mais mon cœur n’a
jamais perdu
Son désir pour
ton beau visage.
Dans mon puissant
amour tu n’as
Vu que ma douceur
de colombe ;

Pourtant je veux
que sur ma tombe

L’on
inscrive : Elle s’obstina

Comtesse de
Noailles/ Anna de Branccovan




mardi 2 juin 2020

Pourquoi s'absente l'ardeur
Et s'effacent les baisers longs
Pourquoi le nuage quitte le ciel
Et vient s'immiscer entre nous ?
C'est une vielle histoire
Où toutes les audaces s'éclipsent
Où les questions tombent
En faisant des trous dans le lien.

Tahar Ben Jelloun - "Que la blessure se ferme" 


mercredi 27 mai 2020


A Paris
Le soleil s'ouvre
dans notre miroir
comme un abricot.
Sous lui tu regardes
tes yeux, nos murs.
Au coin de ce tableau
Tu me vois en petit:

Femme au loin
sous un ciel inconnu, lumineux.

Tu te détournes.

Reste,
ce ralenti des sensations
qu'en allemand on appelle " longueur du temps.

Marie-Claire  Bancquart
Photo M@claire ©