lundi 13 novembre 2017

Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima ?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards.
L'espace qu'il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l'espoir et léger l'éconduit.
Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. 
À son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?

René Char
Photo Roger Viollet©  - René Char en 1943 




lundi 6 novembre 2017

Il faut beaucoup aimer la Bretagne
Beaucoup, beaucoup. 
Beaucoup l'aimer pour l'aimer.
Sans cela, ce n'est pas possible, on ne peut pas la supporter

Marguerite Duras été 1980, Lorient




mercredi 1 novembre 2017



Lettre à un ami aimé :

Je ne saurais pas changer mon regard sur toi, il faudrait que je sois, non pas une autre créature, mais une composante du règne végétal ou minéral. La mer me sépare des rivages, mais l’affection est inséparable de la vie. Quelle différence y a-t-il entre affection et amour ? Les mots oscillent, et je sais ceci : si tu étais ici, je n’aurais pas peur de mourir. Aimer passionnément au moment de mourir. Peut-il y avoir un départ plus radieux ?
Lorsque j’écris, je prends sur le temps qui te concerne. Tout le temps qui m’a été imparti te concerne. Toutes les lignes de ce journal sont vouées à l’amour, bien que je les dévie de leur vocation, comme je me détourne des assauts de la mémoire. J’ai recréé le silence afin de ne pas te nommer, en aucune occasion, même lorsque je suis seule. En chemin, j’ai appris à le savoir : l’amour ne se livre pas directement. Il se nourrit et se développe seul et il meurt à l’écart. Il est entraîné par les montées et les descentes du désir et ensuite abandonné comme un mendiant.(…) J’emploie tu sur cette feuille comme si j’allais l’introduire dans une enveloppe et te l’adresser. Mais à la dernière minute, je me rétracte, je ne t’adresserai pas cette lettre. Il ne s’agit plus, maintenant, de répondre aux tiennes : il s’agit de parler avec les dieux. Mouvement par désir de Dieu. Par désir, par désir. Mais je l’avoue : c’est à toi que j’adresse le cours infini de mon chant.

Silvia Baron Supervielle© - Éditions Gallimard, 2009


Photo Maurice Tabard©


lundi 16 octobre 2017


Il suffit d’un mot
Pour traverser le silence,
D’une vague perdue
Pour entrevoir la mer.

Il suffit d’une épine
Pour connaître la rose,
D’une entaille de lumière
Pour que s’ouvre la nuit.

Il suffit d’une vie
Pour atteindre la mort,
D’un seul geste d’amour
Pour toucher l’infini.

Jean-Marie La Frenière


lundi 2 octobre 2017


Les éclairs ouvrent des plaies, un écrin d’enluminures.
Reflets zinzolins de l’aurore, devant.
A un moment il ne reste que la fuite, se dissimuler.
Fixer des silences, des pauses, masquer le tumulte, l’arrogance, la brutalité du monde.
(...)
Écriture penchée des nuages.
(...)
Ce n’est pas un départ, mais une suite.
Présence, présence seule.
Tisser les mots, le silence et les notes de la pluie.
Tisser tout fragment de l’univers.
On ne construit pas de palais sur la mer.
Ce sont pourtant les seuls visibles, le réel un rideau de fumée.

Raymond Alcovère, extrait de L'aube a un goût de cerise, N&B éditions, 2010




lundi 25 septembre 2017

Lui : - Est-ce une idée, ou est-ce qu'il y a comme un bruit dans le fond de l'air?
Elle s'est retournée et le regarde.
Ses cheveux sont pleins de cigales.
Elle a l'air de revenir de je ne sais quelle Afrique,
d'une sorte de désert gardé par les Maures dans des manteaux blancs.


Louis Aragon


Dessin Sara Herranz©





lundi 18 septembre 2017

Ne te retourne plus
le soleil est désormais
l’ombre de ta vie

Ne t’arrête pas
ce feu tranquille brûlerait
tes dernières forces

Ne dors que debout
pour entendre encore
l’histoire qui tremble


Jean-Marie Berthier - " Ne te retourne plus"
Gif Net