mardi 3 avril 2018



Voilà pourquoi, chaque matin, avant de nous remettre en route, je te demande de rester assise un moment, immobile, devant un paysage. Cette position nécessite un long entraînement mais, le jour où l'on y parvient, c'est en effet une illumination. Tu ne vivras pas différemment des autres pour autant, mais tu acquerras un autre regard sur ce qui t'entoure. 
L'inconscient parlera alors à ta conscience.

Fabienne Verdier, Passagère du silence
Photo M@claire© Lac Majeur-Italie


lundi 26 mars 2018

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux, 
Et d’étranges fleurs sur des étagères, 
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux. 
Usant à l’envie leurs chaleurs dernières, 
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux, 
Qui réfléchiront leurs doubles lumières 
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. 
Un soir fait de rose et de bleu mystique, 
Nous échangerons un éclair unique, 
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ; 
Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes, 
Viendra ranimer, fidèle et joyeux, 
Les miroirs ternis et les flammes mortes. 

Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal (1868) © Edvard Munch, Illustration pour “Les Fleurs du Mal”, 1896.

lundi 19 mars 2018

Route du sud, été

Au milieu de l’après-midi
une lumière bleue vacille
sur les crêtes silencieuses.

Où est parti le vent ? -
l’aube se lève doucement
sur les collines....

Kenneth WHITE

Edward Hopper
Matin en Caroline du Sud -1955 

lundi 12 mars 2018



Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix.

La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses.

L’arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.


Ile Eniger  « Un cahier ordinaire » – Éditions Chemin de plume


lundi 5 mars 2018


Après ces quelques jours d'absence ! 
Le blog reprendra ses habitudes dès la semaine prochaine 

M@claire qui vous remercie de votre fidélité 


lundi 19 février 2018


Pas une chose au monde qui ne soit nuage. 
Nuages, les cathédrales, pierre imposante et bibliques verrières, qu’aplanira le temps. 
Nuage l'odyssée, mouvante, comme la mer, neuve toujours quand nous l’ouvrons. 
Le reflet de ta face est un autre, déjà, dans le miroir et le jour, un labyrinthe impalpable.
Nous sommes ceux qui partent. 
Le nuage nombreux qui s’efface au couchant est notre nuage. 
Telle rose en devient une autre, indéfiniment.
Tu es nuage, tu es mer, tu es oubli.
Tu es aussi ce que tu as perdu.


Nuages (I) /  Jorge Luis Borges / Les Conjurés / traduction par Claude Este­ban
Photo Ferdinando Scianna/Magnum Photos
Jorge Luis Borges /  Palerme / Sicile / 1984

Image associée

lundi 12 février 2018

Annie

Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose

Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons

Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons le même rite

Guillaume Apollinaire