lundi 20 mai 2019


Nous nous connaissions totalement,
parfaitement,
toi et moi
comme ceux seuls
qui ont cessé de se voir
des heures et des décennies durant.
Comme ceux seuls
qui n'ont pas oublié
une minute de plus
et qui n'ont rien su
des suites
de la suite.

Steinunn SIGURDARDOTTIR/ extrait.


mardi 14 mai 2019




L'esprit possède des possibilités d'excursion infinies; 
tu dois t'en servir pour voyager.
Il établit des connexions tout seul;
il est de même nature que le nuage qui passe;
le stable n'existe pas pour lui.
Suis ses variations sans fin.
Il faut accepter nos pensées diverses,
même contradictoires.

Pour le nourrir, sois attentive à la petite brume du matin,
au balancement de la branche dans le vent,
à tous les lieux où tu te trouves
car les lieux cultivent l'esprit.



Fabienne Verdier, Passagère du silence

Photo M@claire© - Massif de l'Esterel




mardi 7 mai 2019



Il a fallu beaucoup de hasards, beaucoup de coïncidences surprenantes (et peut-être beaucoup de recherches), pour que je trouve l’Image qui, entre mille, convient à mon désir. 

Roland Barthes - Fragments d’un discours amoureux.


lundi 15 avril 2019



Aujourd’hui mon amour je suis trop fatigué pour t’écrire. Tu trouveras dans ton cœur une lettre de plusieurs pages, remplie de silence. Lis-la lentement. La lumière de ce jour l’a écrite en mon nom. Il n’y est question que de toi et de ce repos qui me vient chaque fois que je tourne mon visage vers ton visage, là-bas, à plusieurs centaines de kilomètres.

Il faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout les plus ordinaires – ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une main – avec le plus grand soin et l’attention la plus vive, comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d’ailleurs il est vrai que le sort du monde et le cours des étoiles en dépendent.

Nous envoyons notre ombre en ambassade, loin devant nous. Nous la regardons parler à d’autres ombres, leur serrer la main et parfois se battre avec elles. Nous regardons tout ça de loin et le réel n’entre que pour peu dans nos vies – dans l’effraction d’une joie ou d’une douleur auxquelles nous commençons par refuser de croire.

La certitude d’avoir été, un jour, une fois, aimé – c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière.

Christian Bobin, extrait/  L'éloignement du monde.
Photo M@claire©



lundi 8 avril 2019


Ce soir assis sur le bord du crépuscule
Et les pieds balancés au-dessus des vagues
Je regarderai descendre la nuit : elle se croira toute seule
Et mon cœur me dira : fais de moi quelque chose
Que je sente si je suis toujours ton cœur.

Jules Supervielle, Gravitation

Emil Nolde Demi quartier de lune 




mardi 2 avril 2019

Je pense qu’en ce moment
il n’est peut-être personne au monde qui pense à moi,
que moi seul je me pense,
et que si je mourrais maintenant,
personne, pas même moi, ne me penserait.

Et voici que commence l’abîme,
comme lorsque je m’endors.
Je suis mon propre appui et je m’en prive.
Je contribue à tapisser d’absence toute chose.

C’est peut-être pour cela
que penser à un homme revient à le sauver.

Roberto Juarroz
Poésie verticale I à IV, Le Talus d’Approche


lundi 25 mars 2019

On se réfugie dans le médiocre par désespoir du beau qu’on a rêvé. 


Gustave Flaubert
Tableau Picasso - 1933 - Le peintre et son modèle