dimanche 1 juillet 2018

Bel été @ toi .....

Assis sur un rocher 
Je regarde la mer 
Pour petit déjeuner 
Le vin blanc et les praires 

Quelques miettes d'étoile 
Et un croissant de lune 
Trainent encore sur la toile 
Cirée d'une nuit posthume 

Un ciel encore humide 
De tremper dans le bleu 
D'un clapotis tranquille 
Se berce au fond des cieux 

Une mer d'aluminium 
Scintillante d'argent 
Emballe mon cœur d'homme 
Et de petit enfant 

Et je voudrais que tu sois là 
Je voudrais que tu vois ça 
Je t'avoue que je n'y crois pas 
C'est beau, c'est beau même sans toi 

Un soleil feignant 
Essore ses rayons 
Dans l'azur en peignant 
D'or l'horizon 

Une mouette au tableau 
Figure un goéland 
Et se perd tout là-haut 
Au fond du firmament 

Et je voudrais que tu sois là 
Je voudrais que tu vois ça 
Je t'avoue que je n'y crois pas 
C'est beau, c'est beau même sans toi 

Et les embruns qui giflent 
Ou caressent ma peau 
Et puis le vent qui siffle 
Sur le mat d'un bateau 

Je vais fermer les yeux 
Je vais sentir la mer 
Je vais sentir le bleu 
Sans rouvrir les paupières 

Et je voudrais que tu sois là 
Je voudrais que tu vois ça 
Je t'avoue que je n'y crois pas 
C'est beau, c'est beau même sans toi 

Et je voudrais que tu sois là 
Je voudrais que tu vois ça 
Je t'avoue que je n'y crois pas 
C'est beau, c'est beau même sans toi 

Quelques miettes d'étoiles 
Sur la nappe du ciel 
Un croissant qui dévoile 
Un déjeuner d'soleil 

Et moi tout petit homme 
Je me sens un peu con 
De n'être rien en somme 
Qu'un tout petit garçon 

Et je voudrais que tu sois là 
Je voudrais que tu vois ça 
Je t'avoue que je n'y crois pas 
C'est beau, c'est beau même sans toi 

Et je voudrais que tu sois là 
Je voudrais que tu vois ça 
Je t'avoue que je n'y crois pas 
C'est beau, c'est beau même sans toi


Paroles de la chanson Même sans toi par Yves Jamait



lundi 25 juin 2018

Au jardin la bourrache est revenue dans le bleu
Sauvage, pour personne,
Et tout se perdra de ce bleu,
Comme pour des yeux myopes le baiser
Dans des lèvres, tout, sa présence bourrue,
Ses poils se perdront dans le jardin, c’est
Ainsi, du bleu se risque dans les fleurs
Et personne ne l’annonce, ne voit
Clairement que les lèvres pourraient
Faire confiance à d’autres baisers.


Marcel Migozzi / Un rien de terre


lundi 18 juin 2018

Penser à toi 
Reste mon silence 
Le plus précieux
Le plus orageux 
Silence.

Alain Borne
Henri Matisse-1951

lundi 11 juin 2018


La fin de la liaison est toujours la mort.
Elle est mon atelier. L’œil glissant,
hors de la tribu de moi-même, mon souffle
découvre que tu es parti. J'horrifie
ceux qui se tiennent là. Je suis nourrie.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Doigt à doigt, elle est maintenant mienne.
Elle n'est pas trop loin. Elle est ma rencontre.
Je la bats comme une cloche. Je m'allonge
sous la tonnelle, là où tu la montais.
Tu m'empruntais sur le tapis de fleurs.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Prends par exemple cette nuit, mon amour,
où chacun des couples s'assemble
dans un retournement conjoint, au dessous, au dessus,
les deux abondants sur l'éponge ou la plume,
s'agenouillant et poussant, tête conter tête.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Je me libère de mon corps de cette manière,
d'un irritant miracle. Pourrais-je
mettre le marché du rêve à l'encan ?
Je suis étalée. Je crucifie.
Ma petite prune, comme tu le disais.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Alors, ma rivale aux yeux noirs vint.
La dame de l'eau, se levant sur la plage,
un piano aux doigts, la honte
sur les lèvres et un discours de flûte.
Et à la place je devins le balai cagneux.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Elle t'as pris comme les femmes prennent
une robe en solde au présentoir
et je me suis brisée comme une pierre.
Je rends tes livres et ton attirail de pêche.
Le journal du jour annonce que vous êtes mariés.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Les garçons et les filles ne font qu'un ce soir.
Ils déboutonnent les chemisiers. Ils ouvrent les braguettes.
Ils retirent leurs chaussures. Ils éteignent la lumière.
Les créatures luisantes sont pleines de mensonges.
Elles s'entre-dévorent. Elles sont gavées.
La nuit, seule, j'épouse le lit.

Anne Sexton / Ballade de la masturbatrice solitaire / Traduction E. Dupas







lundi 4 juin 2018



Je suis dans le train, on traverse les Vosges.
De l'homme assis en face de moi se dégage un parfum
extraordinaire. 
Je n'ai jamais rien senti d'aussi bon.
J'engage la conversation et je lui demande ce qu'il fait.

- '' Je suis bûcheron ''. 

Ce parfum, c'était les arbres. 


Alexandre Romanès  / Un peuple de promeneurs / Extrait 



lundi 28 mai 2018



Joie des collines d’air pur d’ombres vertes sur la terre ronde comme un bon pain lignes creuses ondulantes à la cime bleue des arbres joie des pas sautillant dans les sillons fertiles de demain.

René Char

Mont Sainte-Victoire 1887 Paul Cezanne


samedi 19 mai 2018



                                                                                                                          14 mai 1904

Mon cher Monsieur Kappus,

Un long temps s’est écoulé depuis votre dernière lettre. Ne m’en veuillez pas. Travail, soucis quotidiens, malaises m’ont empêché de vous écrire. Et je tenais à ce que ma réponse vous vînt de jours calmes et bons. (L’avant-printemps, avec ses vilaines sautes d’humeur, a été ici fortement ressenti.) Aujourd’hui je me sens un peu mieux et je viens, cher monsieur Kappus, vous saluer et vous dire de mon mieux (je le fais de tout cœur) diverses choses à propos de votre dernière lettre.

Vous voyez, j’ai copié votre sonnet parce que je l’ai trouvé beau et simple, et né dans une forme qui lui permet de se mouvoir avec une calme décence. De tous les vers que j’ai lus de vous ce sont les meilleurs. Je vous offre cette copie, sachant combien il est important et plein d’enseignements de retrouver son propre travail dans une écriture étrangère. Lisez ces vers comme s’ils étaient d’un autre, et vous sentirez tout au fond de vous-même combien ils sont à vous. […]

Ne vous laissez pas troubler dans votre solitude parce que vous sentez en vous des velléités d’en sortir. Ces tentations doivent même vous aider si vous les utilisez dans le calme et la réflexion, comme un instrument pour étendre votre solitude à un pays plus riche encore et plus vaste. Les hommes ont pour toutes les choses des solutions faciles (conventionnelles), les plus faciles des solutions faciles. Il est pourtant clair que nous devons nous tenir au difficile. Tout ce qui vit s’y tient. Chaque être se développe et se défend selon son mode et tire de lui-même cette forme unique qui est son propre, à tout prix et contre tout obstacle. Nous savons peu de choses, mais qu’il faille nous tenir au difficile, c’est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. Il est bon d’être seul parce que la solitude est difficile. Qu’une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir.

Il est bon aussi d’aimer ; car l’amour est difficile. L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c’est le plus haut témoignage de nous-même ; l’œuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. C’est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer ; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur cœur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer. Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l’amour n’est longtemps, et jusqu’au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L’amour ce n’est pas dès l’abord se donner, s’unir à un autre. (Que serait l’union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ?) L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l’amour de l’être aimé. C’est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu’appelle le large. Dans l’amour, quand il se présente, ce n’est que l’obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir (zu horchen und zu hämmern Tag und Nacht). Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s’unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d’abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi- même est un achèvement : l’homme en est peut- être encore incapable.

Là est l’erreur si fréquente et si grave des jeunes. Ils se précipitent l’un vers l’autre, quand l’amour fond sur eux, car il est dans leur nature de ne pas savoir attendre. Ils se déversent, alors que leur âme n’est qu’ébauche, trouble et désordre. Mais quoi ? Que peut faire la vie de cet enchevêtrement de matériaux gâchés qu’ils appellent leur union et qu’ils voudraient même appeler leur bonheur ? – Et quel lendemain ? Chacun se perd lui-même pour l’amour de l’autre, et perd l’autre aussi et tous ceux qui auraient pu venir encore. Et chacun perd le sens du large et les moyens de le gagner, chacun échange les va-et-vient des choses du silence, pleins de promesses, contre un désarroi stérile d’où ne peuvent sortir que dégoût, pauvreté, désillusion. Il ne lui reste plus qu’à trouver un refuge dans une de ces multiples conventions qui s’élèvent partout comme des abris le long d’un chemin périlleux. Nulle région humaine n’est aussi riche de conventions que celle-là. Canots, bouées, ceintures de sauvetage, la société offre là tous les moyens d’échapper. Enclins à ne voir dans l’amour qu’un plaisir, les hommes l’ont rendu d’accès facile, bon marché, sans risques, comme un plaisir de foire.

Combien d’êtres jeunes ne savent pas aimer, combien se bornent à se livrer comme on le fait couramment (bien sûr, la moyenne en restera toujours là) et qui ploient sous leur erreur ! Ils cherchent par leurs propres moyens à rendre vivable et fécond l’état dans lequel ils sont tombés. Leur nature leur dit bien que les choses de l’amour, moins encore que d’autres, importantes aussi, ne peuvent être résolues suivant tel ou tel principe, valant dans tous les cas. Ils sentent bien que c’est là une question qui se pose d’être à être, et qu’il y faut, pour chaque cas, une réponse unique, étroitement personnelle. Mais comment, s’ils se sont déjà confondus, dans la précipitation de leur étreinte, s’ils ont perdu ce qui leur est propre, trouveraient-ils en eux-mêmes un chemin pour échapper à cet abîme où a sombré leur solitude ?

Ils agissent à l’aveugle l’un et l’autre. Ils usent leur meilleur vouloir à se passer de conventions comme le mariage, pour tomber dans des conventions moins voyantes certes, mais tout autant mortelles. C’est qu’il n’est, à leur portée, que des conventions. Tout ce qui vient de ces unions troubles, qui doivent leur confusion à la hâte, ne peut être que convention. Les rapports qui naissent de telles erreurs portent un compromis en eux-mêmes, même s’il est en dehors des usages (en langage courant : immoral). La rupture même serait un geste conventionnel, impersonnel, fortuit, débile et inefficace. Pas plus que dans la mort qui est difficile, dans l’amour, lui aussi difficile, celui qui va gravement n’aura l’aide d’aucune lumière, d’aucune réponse déjà faite, d’aucun chemin tracé d’avance. Pas plus pour l’un que pour l’autre de ces devoirs que nous portons, cachés en nous-mêmes, et que nous transmettons à ceux qui nous suivent sans les avoir éclaircis, on ne peut donner de règles générales. Dans la mesure où nous sommes seuls, l’amour et la mort se rapprochent. Les exigences de cette redoutable entreprise qu’est l’amour traversant notre vie ne sont pas à la mesure de cette vie, et nous ne sommes pas de taille à y répondre dès nos premiers pas. Mais si, à force de constance, nous acceptons de subir l’amour comme un dur apprentissage, au lieu de nous perdre aux jeux faciles et frivoles qui permettent aux hommes de se dérober à la gravité de l’existence, – alors peut-être un insensible progrès, un certain allégement pourra venir à ceux qui nous suivront, et longtemps encore après nous. Et ce serait beaucoup. […]

Un tel progrès transformera la vie amoureuse aujourd’hui si pleine d’erreurs […]. L’amour ne sera plus le commerce d’un homme et d’une femme, mais celui d’une humanité avec une autre. Plus près de l’humain, il sera infiniment délicat et plein d’égards, bon et clair dans toutes les choses qu’il noue ou dénoue. Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement : deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre.

Ceci encore : ne croyez pas que l’amour que vous avez connu adolescent soit perdu. N’a-t-il pas fait germer en vous des aspirations riches et fortes, des projets dont vous vivez encore aujourd’hui ? Je crois bien que cet amour ne survit si fort et si puissant dans votre souvenir que parce qu’il a été pour vous la première occasion d’être seul au plus profond de vous- même, le premier effort intérieur que vous ayez tenté dans votre vie.

Tous mes vœux, cher Monsieur Kappus.

Reiner Maria Rilke