dimanche 21 août 2011

Trop tard

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m'était si chère
A dit ces mots qui m'atteignaient tout bas :
"Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas " !

"Ne m'aimez pas si vous êtes sensible,
Jamais sur moi n'a plané le bonheur.
Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
L'amour veut trop : l'amour veut tout un cœur
Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
Ses fers jamais n'entraveront mes pas".
Il parle ainsi, celui qui m'a su plaire...
Qu'un peu plus tôt cette voix qui m'éclaire
N'a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
 "Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas !
"

Ne m'aimez pas ! l'âme demande l'âme.
L'insecte ardent brille aussi près des fleurs :
Il éblouit, mais il n'a point de flamme ;
La rose a froid sous ses froides lueurs.
Vaine étincelle échappée à la cendre,
Mon sort qui brille égarerait vos pas.

Il parle ainsi, lui que j'ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l'entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
"Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas. "
 
Marceline DESBORDES-VALMORE
Photo/ Net

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