mercredi 28 septembre 2011

Puisque nous ne nous aimons plus, puisque tu ne m’aimes plus en tout cas, je dois prendre des dispositions pour les funérailles de notre amour.
 Après cette longue nuit chuchotante, et étincelante, et sombre que fut notre amour, arrive enfin le jour de ta liberté.
C’est alors que moi, restant seule propriétaire de cet amour sans raison, sans but et sans conséquence, comme tout amour digne de ce nom, moi propriétaire cupide, hélas, qui avais placé cet amour en viager, le croyant éternel puisque te croyant amoureux, c’est alors que je décide, n’étant saine ni de corps ni d’esprit, et fière de ne pas l’être, je te lègue :
Le café où nous nous sommes rencontrés…
(....)
…Je te lègue cet air, tu te rappelles ? On disait...
(...)
…D’ailleurs, je te lègue délibérément tout ce qui fut beau, parce qu’il est horrible de le supporter ailleurs sans toi que de le conserver ici pour moi.
Et puis l’imaginaire…
Je te lègue les « rendez-vous d’affaires, démarches indispensables,contre-temps fâcheux ».
Ah si tu savais, si tu avais su à quel point ces contretemps s’appelaient » contre-amour », et ces démarches « férocités »…
…Je te laisse la raison, la justification, la morale, la fin de notre histoire, son explication. 
Pour moi, il n’y en a pas, il n’y a jamais eu d’explication au fait terrifiant que je t’aime. 
 Ni, non plus, pas du tout, mais pas du tout à ce que cela prenne fin. 
 Et nous y sommes…
(...)
Tu le sais, il n’y a rien d’autre à léguer, rien de compréhensible, rien d’humain ; surtout rien d’humain, parce que moi, je t’aime encore, mais cela, je ne te le lègue pas.


Françoise Sagan/ Extrait./Photo Net

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