samedi 29 octobre 2011


Monsieur,

Vous pouvez être heureux : j’ai succombé, j’y suis retournée ! J’ai sonné, il m’a ouvert et m’a fait entrer avec une grande douceur empreinte de courtoisie.
Il m’a lentement attirée vers le lit, après m’avoir longuement caressée. 
Il me traitait comme un objet extrêmement précieux qu’il eût craint de briser. Il m’a déshabillé avec tout l’art dont il  savait faire preuve et  qui m’avait comblée. Ses mains erraient sur mon corps à la recherche de plaisir rares enfouis au fond de moi et qu’il voulait me donner. Je sentais en lui une retenue presque religieuse et il me remplissait d’un bonheur très plein que seuls les hommes que j’ai aimés m’avaient donné jusqu’alors. 
Je ressentais un immense besoin d’abandon et ne me retins pas. Il sut ainsi combien tout ce qu’il me faisait vivre avait de valeur pour moi. 
Je jouis plusieurs fois atteignant à chaque fois des sommets que je ne puis décrire. Il s’est alors passé quelque chose d’extravagant au milieu de ce plaisir si rare.
Je lui ai demandé, doucement, comme une grâce que lui seul pourrait m’accorder, de me faire mal. 
Il n’eut pas l’air de relever l’insolite de ma prière, se leva avec grand calme, alla chercher des liens pour m’arrimer au lit. 
Les sangles qui retenaient mes épaules et mes chevilles faisaient saillir mes seins et bomber mon sexe gorgé de désir. Il fit tout cela avec une minutie extrême, seuls les liens, légèrement trop serrés, me rappelaient qu’il allait me faire souffrir.
Ses mains s’emparèrent de ma chair qu’elles semblaient vouloir déchirer. 
J’attendais avec effroi qu’il me mit réellement en lambeaux. Oh ! Que ne m’a-t-il écorchée ! 
Sa badine s’abattit, fine et précise, striant de rouge la chair fine et tendre de mes cuisses ; la brûlure m’arrachait des cris et je me tendais pour quémander une nouvelle morsure. La lenteur affectée de ces gestes me laissait à chaque fois le temps de jouir de la violence que je venais de subir et d’attendre la suivante que je recevais avec reconnaissance. Quel amour n’y avait-il pas dans chacun de ses gestes ? Il m’a rompue ainsi durant de longs moments que je n’ai pas vus passer, ballottée au gré de ses pulsions sans cesse renouvelées.
J’en suis sûre maintenant. Il me sera difficile de m’éloigner de lui et les autres plaisirs, glanés ici ou là, me sembleront à coups sûr un peu fades.
(….)

Vôtre.

Extrait : « Correspondance d’une bourgeoise avertie pour témoigner 
de l’évolution amoureuse de son siècle » 


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