lundi 9 janvier 2012

Aujourd’hui mon amour je suis trop fatigué pour t’écrire. Tu trouveras dans ton cœur une lettre de plusieurs pages, remplie de silence. Lis-la lentement. La lumière de ce jour l’a écrite en mon nom. Il n’y est question que de toi et de ce repos qui me vient chaque fois que je tourne mon visage vers ton visage, là-bas, à plusieurs centaines de kilomètres.

Il faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout les plus ordinaires – ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une main – avec le plus grand soin et l’attention la plus vive, comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d’ailleurs il est vrai que le sort du monde et le cours des étoiles en dépendent.

Nous envoyons notre ombre en ambassade, loin devant nous. Nous la regardons parler à d’autres ombres, leur serrer la main et parfois se battre avec elles. Nous regardons tout ça de loin et le réel n’entre que pour peu dans nos vies – dans l’effraction d’une joie ou d’une douleur auxquelles nous commençons par refuser de croire.


La certitude d’avoir été, un jour, une fois, aimé – c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière.


Christian Bobin, extrait de " L'éloignement du monde"
Photo Net

2 commentaires:

  1. Les flaques d'eau sur les trottoirs,
    comme un miroir,
    chaque pas sur le côté ,
    le train m'emporte,
    dans une nostalgie de roses,
    c'est le désir joyeux du matin,
    caresses imaginaires qui effleurent ...

    Patrick Aspe

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  2. Comme il est doux de lire dans le silence de l'aimant cet amour fou qui s'exprime en nous à chaque instant. J'aime ressentir cette présence invisible. ;)
    Texte magnifique que je ne connaissais pas (ça sera sûrement souvent le cas lol). Bises et bonne journée à vous.

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