samedi 7 janvier 2012



Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.
Je regardai, couleur de cire
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, - mouche ou rosier
Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal
Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu en finir ! »
La première audace permise,
Le rire feignait de punir !
Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh ! c’est encor mieux ! ..
Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…
Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Arthur RIMBAUD




4 commentaires:

  1. Emmanuel Rastouil7 janvier 2012 à 03:28

    Le texte juste et la photo juste, joli blog, bravo!

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  2. Merci de nous remettre en mémoire le Maitre des mots...pour ma part

    Joli blog que je découvre.

    poétiquement votre,

    papy

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  3. J'aime quand Rimbaud est ainsi inspiré. Le jeu et le rire sont si érotiques ;). Bises à vous

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  4. Heureuse de découvrir ce joli blog !
    Je reviendrai :-)

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