lundi 6 février 2012



A l'heure vague ou les fantômes en grand nombre
se pressent contre les fenêtres, ameutés
par une hésitation entre le jour et l'ombre
et menaçant de leurs murmures la clarté,

Un homme prie : à ses côtés est étendue
la très belle guerrière désarmée et nue ;
non loin repose l'héritier de leur batailles, il tient le Temps serré dans sa main comme paille.

"Une prière dite dans la crainte, difficile
à exaucer, surtout sans secours du dehors ;
une prière dans l'ébranlement des villes,
dans la fin de la guerre, dans l'afflux des morts :

pour que l'aurore, avec sa tendresse tenace,
pour que l'entrée de la lumière au ras des monts,
comme elle éloigne la lune légère, efface
ma propre fable, et de son feu voile mon nom".

Philippe Jaccottet.
Photo M@claire ©

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