jeudi 10 mai 2012



La nuit ne communique pas avec le jour.
Elle y brûle.
On la porte au bûcher à l'aube.
Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants.
Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort.
Je ne te connais pas. (....)
Tu souhaites nous rejoindre.
Ta peur et ton désarroi te jettent dans nos bras, tu cherches à t'y blottir, mais ton corps dur reste accroché à ses certitudes, il éloigne le désir, refuse l'abandon.
Je ne te blâme pas.
Tu habites une autre prison, un monde de force et de courage où tu penses pouvoir être porté en triomphe ; tu crois obtenir la bienveillance des puissants, tu cherches la gloire et la fortune.
Pourtant, lorsque la nuit arrive, tu trembles.
Tu ne bois pas, car tu as peur ; tu sais que la brûlure de l'alcool te précipite dans la faiblesse, dans l'irrésistible besoin de retrouver des caresses, une tendresse disparue, le monde perdu de l'enfance, la satisfaction,le calme face à l'incertitude scintillante de l'obscurité.
Tu penses désirer ma beauté, la douceur de ma peau, l'éclat de mon sourire, la finesse de mes articulations, le carmin de mes lèvres, mais en réalité, ce que tu souhaites sans le savoir, c'est la disparition de tes peurs, la guérison, l'union, le retour, l'oubli.
Cette puissance en toi te dévore dans la solitude.

Alors tu souffres, perdu dans un crépuscule infini, un pied dans le jour et l'autre dans la nuit.

Matthias Enard/extrait

1 commentaire:

  1. très beau poème , il colle bien au ressentis de notre époque ♥ à la errance d'une partie du monde .........

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