dimanche 3 juin 2012



Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Charles BAUDELAIRE
Photo Net

2 commentaires:

  1. Oh? Je t'ai pas dit? Je suis pourtant passée plein de fois. J'adore ton poème, ton choix et ton illustration. Le tout est superbô = et naïf juste ce qu' il faut. Et tendre.
    Ca fait beaucoup de bien quand on arrive sur ta page.

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