lundi 23 juillet 2012



À quoi peut servir tant de hâte ? On arrivera toujours. On est déjà arrivé. Et la difficulté est de jouir de ce que l’on a plutôt que d’atteindre ce que l’on n’a pas et dont on sera incapable de jouir quand on l’aura. Car toute fin est proprement hors d’atteinte, et on la rejette toujours dans un avenir indéfiniment renaissant. Il faut donc apprendre à détruire cette idée d’une fin que l’on poursuit sans cesse et que l’on n’atteint jamais, qui nous oblige à attendre de vivre et nous empêche de vivre jamais.

La pointe extrême de la vie déchire toujours la surface du réel dans le présent et il ne faut pas penser à l’avenir qui sera lui-même un autre présent. L’être malheureux est celui qui louche toujours vers le passé ou vers l’avenir, l’être heureux, celui qui cherche non point à s’évader du présent, mais à le pénétrer et à le posséder. Presque toujours nous demandons que l’avenir nous apporte un bonheur dont nous n’aurions ensuite qu’à jouir dans un nouveau présent : mais c’est là renverser les termes du problème ; car c’est du présent même que nous avons et de la manière même dont nous saurons en disposer sans détourner ailleurs le regard, que sortira tout l’avenir de bonheur que nous pourrons jamais nous donner.

Louis LAVELLE.
Photo Net

1 commentaire:

  1. Magnifique et pertinente leçon, que je m'efforce d'apprendre et de mettre en pratique pour invariablement l'oublier et, à nouveau, tout recommencer...

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