vendredi 27 juillet 2012



Penser suppose que l’on s’implique totalement corps et âme et vie, et pour cela, pour échapper au discours commun, pour ne pas être une plume mercenaire, pour être libre, il faut commencer par démissionner, s’arracher au parcours, divorcer, abandonner la musique, se défaire des particularités du sujet, se dénationaliser.
(...)
Le poète latin Lucrèce écrivait avec une réelle violence : “Rien n’est plus suave que de contempler le naufrage du navire au loin.”
Il y a une joie intense de la lucidité.
J’en suis le témoin vivant.
Il ne faut pas croire qu’on est heureux parce qu’on est drogué.
Contempler l’effarant n’est pas un malheur, c’est être pris dans l’effarant qui est un malheur.
La vérité est suave.
La pensée irradie le cerveau.
Mais le chemin de la lucidité, c’est renoncer à croire qu’on dit vrai.

Pascal QUIGNARD
Photo Net

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