mardi 7 août 2012


Et quoi penser du silence ? — 
Dormir oui, travailler quelques jours avec le rêve et m'épargner le silence. 
Il faut renverser tant de choses dans si peu de jours, 
faire un voyage si long dans si peu de jours. 
On me dit : choisis le silence ou le rêve. 
Mais je suis d'accord avec mes yeux ouverts qui devront aller 
— aller et jamais revenir — à cette zone de lumière vorace qui te mangera les yeux. 
Tu veux aller. 
Il le faut. 
Petit voyage fantôme. 
Quelques jours de travaux forcés pour ton regard. 
Ce sera comme toujours. 
Cette même douleur, cette désaffection. 
Ce non-amour. 
On meurt de sommeil ici. 
On aimerait se donner le plus vite possible. 
Quelqu'un a inventé ce plan sinistre : un retour au regard ancien, 
un aller à la recherche d'une attente faite de deux yeux bleus dans la poussière noire. 
Le silence est tentation et promesse. 
Le but de mon initiation. 
Le commencement de toute fin. 
C'est de moi que je parle. 
Il arrive qu'il faut aller une seule fois pour voir si pour une seule fois 
encore te sera donné de voir. 
On meurt de sommeil. 
On désire ne pas bouger.
On est fatigué. 
Chaque os et chaque membre se rappelle ses anciens malheurs. 
On est souffrante et on rampe, on danse, on se traîne. 
Quelqu'un a promis. 
C'est de moi que je parle.
Quelqu'un ne peut plus.


 Alejandra PIZARNIK


                      Photo Net 

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