vendredi 28 septembre 2012



Les habitants s’étaient fait, comme vous, nettoyer de tous leurs mots.
Au lieu de venir chez nous les réapprendre, ils ont cru qu’ils pourraient vivre dans le silence.
Ils n’ont plus rien nommé.
Mettez vous à la place des choses, de l’herbe, des ananas, des chèvres… A force de n’être jamais appelées, elles sont devenues tristes, de plus en plus maigres, et puis elles sont mortes.
Mortes de faute de preuves d’attention ; mortes, une à une de désamour.
Et les hommes et les femmes, qui avaient fait le choix du silence, sont morts à leur tour. Le soleil les a desséchés. Il n’est bientôt plus resté de chacun d’entre eux qu’une peau, mince et brune comme une feuille de papier d’emballage, que le vent, facilement, a emporté.

E. ORSENNA
Photo net 

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