mercredi 30 janvier 2013



Je glisse le paquet dans mon sac.
- Tu n’as pas de feu, c’est ça ? Qu’à cela ne tienne ! je vais t’en trouver ! «
Un homme fume en terrasse d’un café.
Il se dirige vers lui.
Je le retiens.
Je ne fume jamais dans la rue.
- Madame a des principes….
- Le secret du plaisir, c’est d’en avoir.
Son courroux s’apaise.
-Explique-moi , dit-il.
Nous trouvons un banc sur la place ombragée. Je lui parle d’Epicure, de l’ascète sensuel opposé au jouisseur, du gourmet opposé au toxicomane.
Il m’interrompt.
Il veut du concret.
-Où fumes-tu ? Quand fumes-tu ? Comment ? Avec qui ? Et combien ?
- Deux par jour.
- Seulement ? Tu n’es pas une vraie fumeuse.
(…)
- Je me moque des limites. Fumer, pour moi, c’est une célébration.
- - Célébrer quoi ?
- Le travail d’écriture accompli dans la matinée quand je fume la première, vers treize heure ; la journée qui s’achève quand vient la seconde. J’ai mis un CD sur la platine. Bach ou Chet Baker, Pink Floyd ou Rachmaninov. J’allume une bougie. La nuit répand son ciment liquide. Je pense aux heures enfuies. Ma winston se consume. Je lui cède mes défenses. Elle ouvre mes prisons. Comme un opium. « Tout ce qu’on dans la vie, même l’amour, on le fait dans l’express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est sauter du train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort » disait Cocteau.
La fumée s’étire vers le plafond, je contemple une fissure, je m’y glisse, le plafond s’ouvre, ma pensée s’élance. Une ivresse légère me saisit, propice aux plongées mentales, ivresse maîtrisée du dandy et du sage.

Extrait/ E. BARILLE

Photo Net

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