dimanche 17 mars 2013

(...) Qu'en tout cas, il n'était pas indispensable d'aimer quelqu'un.
Or j'étais à ce moment de ma vie où l'amour des hommes m'avait abandonné.
J'avais fait, avec le temps, de cette solitude un bonheur où le vaste monde vous sert de partenaire,
où l'on s'oublie soi-même sans se perdre pour autant, car c'était une vie sur mesure que je m'étais faite,
une vie à ma main, si j'ose dire, à ma guise, à mon goût.
Dans cette vie solitaire, je m'étendais à loisir comme on étire ses membres dans un grand lit qu'on occupe
tout entier avec voluptée.
Je cultivais volontiers le silence de mon appartement vide qui traversait la lumière du matin.
Je m'y déplaçais sans bruit, allégeant mes pas pour ne pas le troubler.
L'espace s'élargissait, tandis que s'amincissait ma présence.
Les bords de l'inexistence m'étaient devenus familiers et doux.
D'y avoir comme élu domicile rendait plus intense, car plus nu, le plaisir de vivre, ce bien-être foncier, inconditionnel, qui est enraciné, disait Bachelard, dans notre être le plus archaïque, et dont je jouissais désormais sans arrière-pensée.
Je jouissais d'être sans avenir.
Ma vie était devant moi comme l'horizon vide où rien n'arrêtait le regard.
J'en éprouvais une singulière impression de soulagement, d'évasion et d'absolue liberté.
(...)

Catherine MILLOT/ Extrait O solitude.
Photo Net

1 commentaire:

  1. Je me fonds complètement dans ces mots, je les ai sentis, vécus, goûtés maintes fois, faisant partie intégrante de moi, corps et âme.
    Mais ciel....qu'il est bon d'aimer et vibrer de passion.
    JDL

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