mercredi 24 avril 2013

L'attente n'annihile pas les plaisirs, loin s'en faut.
Elle en crée, se délecte des situations particulières qu'elle engendre.
Devoir penser à l'avance à un hôtel, à un lieu de rencontre, tout préparer pour que l'agrément soit à son comble. Réfléchir, comparer les endroits, les possibilités, imaginer l'enchaînement des moments, qui, enfilés comme des perles, feront la soirée. ( ....)
Et puis aussi penser aux vêtements, aux parures, appréhender l'effet d'un décolleté, d'une longueur de robe, d'une échancrure, de la bordure d'un bas, en être soi-même troublée au point de jouir très vite devant la glace, en quelques geste de l'annulaire et du majeur.
Avant chaque rencontre, laisser venir à soi la perspective de la plénitude. Cette délectation dans la durée et la répétition, existe-t-elle sans l'attente? Est-elle dissociable de la précarité du lien adultère?
On dit qu'elle se nourrit de l'abscence de certitude.
Et puis l'excitation légère de l'attente à la terrasse d'un café, quand le regard cherche au loin de la rue la silhouette familière, désirée mais toujorus échappée, et ce moment, où venant d'ailleurs une main se pose sur votre épaule.
Comment égaler ce bonheur intangible de l'apparition, de cette allure de l'autre à venir vers vous, légèrement porté, soulevé par le désir, avec ce sourire flottant qui vient du fond des joues, de ces mêmes glandes qui font qu'on se régale d'un mets quand il approche avant même de l'avoir goûté?
L'attente compte ses plaisirs un à un, d'ailleurs elle ne déteste pas l"ordre. On y range ses souvenirs comme des livres dans une bibliothèque. Elle rend aussi attentif à saisir les occasions qu'à les organiser, à gérer leur ordonnancement. Dans l'attente on cultive le double talent d'opportuniste et de planificateur. L'attente enseigne à doser le plaisir en fonction du temps imparti.
Tel rendez-vous reste confiné entre deux séquences de vie, quà cela ne tienne, il vous appartient alors de lui donner de l'intensité.
L'attente n'est pas ennemie de l'instant.
Elle se repaît de mille plaisirs d'autant plus forts qu'ils sont volés. On se prend à bénir l'attente, à la chérir de ne dispenser que des moments rares.
En elle s'égrènent les gestes de l'autre comme autant de diamants.
L'attente pare de préciosité l'ordinaire.
Elle est un prisme à travers lequel la lecture du monde avec l'autre a des airs de sublime.

Catherine CHARRIER/ Extrait L'attente.
Photo Net

1 commentaire:

  1. Mais tu me fais un EFFET!...
    Chaque fois la découverte est plus étonnante, surprenante : jouissive!
    *Merci, Douce.

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