mardi 28 mai 2013



AUTOPORTRAIT SANS MIROIR

I. Je passe

Je suis la femme transparente
Celle qu’on efface sans bruit
Et qui s’en va comme l’eau fuit
Pâle à trente ans comme à soixante.

Je suis la femme murmurante
Qui propose son faible appui
Et cause juste un brin d’ennui
Aux esprits libres qu’elle hante.

Pour ces êtres auxquels je tiens
Je continue à n’être rien
Qu’une tranquille parenthèse.

Quand j’expose mon coeur blessé
Ils coupent court : « Ça va passer !»
Il est plus doux que je me taise.

II. Je casse

Je suis la femme aux nerfs de verre
Mal installée dans ses tessons
Moitié fakir moitié trouvère
Toujours bancale en ses chansons.

Je suis la femme à l’air sévère
Qui ne comprend rien aux leçons
De l’existence, et persévère
Dans l’entretien de ses frissons.

Je suis l’échappée du naufrage
Qui se hâte vers le rivage
Pour se noyer dans un sanglot.

Je suis la femme de baudruche
Qui fait toujours un peu l’autruche
Sous la plume de son stylo.

Marie-Anne BRUCH
Photo Net

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