lundi 4 novembre 2013


Que tout serve à ton accomplissement. La saveur d’un fruit, la couleur d’un ciel, une brise, un moteur stoppé, le corsage d’une fille, la cassure d’un pavé. Fais-toi comme Rimbaud, « voleur de feu ».

Puis ne t’attarde pas, ne t’embarrasse pas des faux sentiments, des faux conseils. Les choses immobiles et muettes t’apprendront bien plus que les bavardages de l’homme. Trouve ton noyau, ton centre grave à toi. Tu seras seul. Avec tes démons, tes éblouissements, tes bagnes et ta paix. SEUL dans la communion fraternelle des autres. Sois sans pitié pour toi après seulement tu pourras revenir aux autres, te donner.
Un matin comme ça tu seras vidé, troué, ouvert à la dernière détresse, un petit chant montera, fragile et
dur -le tien- Tu le prendras comme une torche et tu iras éclairer le monde.

Sois ce comédien qui va apporter aux hommes, à ceux qui ont faim autant de beauté que de pain et ne leur apporte pas du linge qui a déjà été porté. Signifie par ta seule présence quelque chose d’essentiel. Peine, trime pour arriver à ça. Ça vaut le coup. Ça s’apprend, ça s’arrache dans la solidarité souterraine.

Si les larmes te viennent, pleure. Pour toi seul dans le secret de ta chambre. Garde le gout des larmes. C’est ta parcelle d’enfance, ta marelle. Après, face au miroir, fait péter le pathétique, regagne les terrains de sport où évolue l’humour.
L’Humour, qu’il soit une arme contre la satisfaction et la suffisance.

Jean Sénac, Lettre à son fils.

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