lundi 30 décembre 2013

Il avait la force du lion, quand il fut pris des faiblesses de l’enfance. Elles le saisirent et grand et fort elles le bercèrent comme s’il n'avait pas d’âge.Ainsi s’accomplissait ce qui a été dit :

“Tu t’élèves pour fléchir . Tu avances pour tomber.”

Où cela advint, là s’arrêta son chemin. Et toutes les plaintes passèrent en son sein : les plaintes de l’un, les plaintes de l’autre, et les souffles du désir qui sont devenus des plaintes.
Mais après avoir chanté tant de plaintes, il n’avait pas encore exhalé la sienne, celle qui n’était qu’à lui.

Peut-être ne la trouvait-il pas, ou la cherchait-il plus loin, ou trop haut.
Terrasse ardente. Terrasse vaine. Au bout de l’homme, au pied de l’escalier, au plus dénué de la plus reculée solitude. Il aboutit là, celui qui avait tant chanté.
Et comme il y parvenait, il fut secoué d’une poigne solide et un voile de faiblesse, passant en son être, effaça de sa vue.
Ce qu’il est interdit à l’homme de contempler.


Henri Michaux - Exorcismes


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