jeudi 23 janvier 2014



La cloche sonne trois fois, pas davantage : il ne faut pas gêner les voisins, qui n'aiment pas les cloches. J'arrive chez les Clarisses dans la fraîcheur du petit matin, comme jadis chez les Carmélites de Bagnères. 
La fin et le début de ma vie se rejoignent, cercle parfait d'où j'aurais mieux fait de ne pas sortir, peut-être. 
Je ne me serai pas ennuyé. Et voilà que j'en viens à envier ces femmes sans autre horizon qu'un jardin, séparées d'un monde si cruel par ce haut mur. Le dépassent des tilleuls, des frênes, un cèdre. 
Un bignonia rouge, comme à Bagnères, le franchit et s'épanche de mon côté, lourdes grappes. 
Quand je ressors de la chapelle et longe le mur, l'air est léger et pur. On entend des tourterelles et, bien au-delà, le coucou. Je m'arrête et regarde le ciel pâle, transparent. “Une immense bonté tombait du firmament”, dit Hugo. Passé midi, ces jours-ci, avec la chaleur d'août, on doit connaître ici l'acedia, accablement du milieu de la journée, lassitude de vivre, connue des cloîtres depuis toujours. 
Je ne veux pas le savoir, je ne suis déjà plus là, je suis dans mon jardin. 

José CABANIS. 

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