lundi 13 janvier 2014



Tu ne m’échapperas pas, dit le livre. Tu m’ouvres
et me refermes, et tu te crois dehors, mais tu es incapable
de sortir car il n’y a pas de dedans. Tu es d’autant
moins libre de t’échapper que le piège est ouvert. Est
l’ouverture même. Ce piège, ou cet autre, ou le suivant.
Ou cette absence de piège, qui fonctionne plus
insidieusement encore, à ton chevet, pour t’empêcher
de fuir.

Absorbé par ta lecture, traversé par la foudre
blanche qui descend d’un nuage de signes comme pour
en sanctionner le manque de réalité, tu es condamné
à errer entre les lignes, à ne respirer que ta propre
odeur, labyrinthique. La tempête à son paroxysme,
seule, met à nu le rocher, que ta peur ou ton avidité
convoitent, sa brisante simplicité, comme un écueil
aperçu trop tard. N’est vivant ici, capable de sang,
que ce qui nous égare et nous lie, cette distance froide,
neutre, écartelante, jamais mortelle, même si tu
m’accordes parfois d’y voir crouler la lumière, et
s’efforcer le vent.

Jacques DUPIN

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