lundi 3 mars 2014

(...)
Je cherche sur ce corps des pistes étrangères.
Tu dis :
"C'est le soleil qui me brûla... "
Tu dis : 
"Ma gorge s'est offerte aux flèches de midi.
Mes bras se sont meurtris en dormant sur la terre..."

Mais sur ce corps plus roux qu'un désert, et plus nu,
Les pistes que je suis ont d'étranges méandres.
La trace y brûle encore d'un chasseur inconnu.
D'un camp abandonné je reconnais les cendres.

Je songe qu'une bouche, ici, mordit ton cou.
Et que mon seul amour dont t'irrite la plainte
Foule éternellement un corps sableux et roux.
Traversant ce désert sans y laisser d'empreinte.

Ton œil, trouble océan, ronge un monde meurtri.
J'en gravis les méplats.

J'en suis les pures lignes.
Telle est ma tâche unique : interpréter les signes
De ce visage clos où mon sort est écrit.

Nourriture mortelle et pourtant infinie.

Ce visage de lait, ce visage de sang

N'est plus qu'un fruit tombé dans mes paumes unies.

Qui, dévoré sans cesse, est toujours renaissant.

Les constellations et les vagues brisées,
Les bolides perdus que recueille la mer,
Atys, rien ne vaut ta jeune face usée
Ni cet œil où je bois un long baiser amer.

Même en te trahissant, c'est toi que je respire.
Si je dors contre un cœur, il bat comme le tien.Mon soleil ne se couche pas sur ton empire :

J'embrase un autre monde, et c'est toi que je tiens.

J'y fuis le culte affreux que ta piété me voue 
Épargne-moi l'autel, les victimes, les feux...
Je ne veux que ce feu d'aurore sur ta joue
Et l'animal encens qui naît de tes cheveux.


François MAURIAC/Extrait Cantique de Cybèle







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