jeudi 25 septembre 2014

Or, il n’y a d’absence que de l’autre : c’est l’autre qui part, c’est moi qui reste. 
L’autre est en état de perpétuel départ, de voyage ; il est, par vocation migrateur, fuyant ; je suis, moi qui aime, par vocation inverse, sédentaire, immobile, à disposition, en attente, tassé sur place, en souffrance, comme un paquet dans un coin perdu de gare. 
L’absence amoureuse va seulement dans un sens, et ne peut se dire qu’à partir de qui reste - et non de qui part : je, toujours présent, ne se constitue qu’en face de toi, sans cesse absent. 
Dire l’absence, c’est d’emblée poser que la place du sujet et la place de l’autre ne peuvent permuter ; c’est dire : «Je suis moins aimé que je n’aime. »

Roland Barthes/ extrait/Fragments d’un discours amoureux



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire