mardi 6 janvier 2015

Au poète qui m'applaudit.

Ton applaudissement, divin poète, inspire 
L'humble songeur dont l'âme impétueuse aspire 
Au lyrisme infini des cieux.

Il m'exalte déjà, ce bravo qui m'honore. 
Ma strophe bat de l'aile et s'élance, sonore ; 
Son vol est plus harmonieux.

Avais-je quelque droit à ta brillante estime ? 
Que t'offrir, en retour de cet accueil intime, 
Rival des immortels chanteurs ?

Des roses ? Les frimas les ont ensevelies ; 
Je chercherais en vain leurs corolles pâlies 
Et leurs embaumantes senteurs.

Que dis-je ? j'oubliais que la neige étincelle, 
Et que ce ciel, taché de nuages, recèle 
La grêle et le givre argentin.

Le ciel est gris, la terre est froide. Les rafales 
Pour longtemps ont éteint les flammes triomphales, 
Les pourpres clartés du matin.

Plus de fleurs à cueillir dans l'herbe des prairies ! 
Plus de vers à glaner au jardin de féeries 
Où la rime éclôt à foison.

Pareils à ces oiseaux frileux qu'octobre chasse, 
Nos rêves ont quitté ce triste azur de glace 
Pour le bleu d'un autre horizon.

Grelottant, dans l'air gris, le soleil de décembre 
Se couche, et déjà vient la brume, et, dans ma chambre, 
Comme dans un bois, il fait noir.

Salut, petit soleil des hâtives veillées, 
Qui brilles, vague, pâle, aux vitres étoilées, 
Poétique lampe du soir !

À petit bruit, la neige, au dehors, tombe lente, 
En légers flocons fins, sous la lune tremblante, 
Comme une poudre de cristal.

(...)

Poète, en attendant que le printemps renaisse, 
Et redonne aux forêts leur robe de jeunesse 
Et leur éclatant voile vert ;

En attendant qu'Avril ensoleille et colore 
Ces chaudes floraisons qu'un souffle fait éclore, 
Reçois ces pâles fleurs d'hiver.


Nérée Beauchemain







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