vendredi 9 janvier 2015

Je suis exact, argenté. Sans parti-pris.
Tout ce que je vois, je l’avale séant
Tel quel : l’amour ni le dégoût ne me teintent.
Je ne suis pas cruel, simplement franc –
Comme l’œil d’un petit dieu à quatre coins.
La plupart du temps je médite sur le mur d’en face.
Il est rose, moucheté. Il y a si longtemps que je le regarde
Qu’il fait partie de mon cœur, je crois. Mais il vacille.
Des visages et l’obscurité, entre nous, s’interposent sans cesse.
Désormais je suis un lac. Une femme se penche au-dessus de moi,
Qui cherche dans mes profondeurs sa vérité.
Puis elle se tourne vers ces imposteurs : cierges et lune.
Je vois son dos, et le réfléchis fidèlement.
Elle me récompense de larmes et d’un geste de la main.
Je compte à ses yeux. Elle va et vient.
Chaque matin c’est son visage qui remplace l’obscurité.
En moi elle s’est noyée jeune fille, et en moi une vieille femme
Monte vers elle jour après jour, comme un épouvantable poisson.

 Miroir de Sylvia Plath



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire