mardi 14 juillet 2015

Tu sais....


Certains sons désormais me déchirent le crâne, les cris d'apache à l'école, les algarades à la cantine, la soupe sonore des centre commerciaux. Je ne supporte ni les vois aiguës, ni les brutales, ni les voix impérieuses ça fait du monde, d'où mon usage rétif du téléphone.
Voila pour le versant sombre des choses.
Il en est un radieux, je peux ici en témoigner, être privé d'un sens, ou qu'il soit affaibli, mutilé, peut s’avérer un bien pour un mal, ou plutôt comme disent les anglais, "a blessing in disguise", une bénédiction cachée. 
La privation n'est pas une punition mais invite à la ruse. Etre privé d'un sens, c'est se retrouver dans la nécessité d'inventer une autre échelle sensible, malgré les autres, parfois loin d'eux.
(...)
Mon handicap devient privilège. Ma semi- surdité m'est armure,  carapace.
J'échappe aux remous du monde, au bruyant néant. 
Je prends des bains de profondeur. (...)
Blessing in disguise. Oui c'est ainsi qu'aujourd'hui m’apparaît ma surdité. 
Je lui dois la solitude, cette royauté secrète. 
Je lui dois de m'avoir éloignée des tentations communautaires, des pantomimes mondaines, des amitiés volatiles, pour me mettre en demeure d'embrasser l'isolement fécond. 


Elisabeht Barillé / extrait / Petit éloge du sensible 




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