samedi 31 octobre 2015


Nevermore

Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice,
Redresse et peins à neuf tous tes arcs triomphaux ;
Brûle un encens ranci sur tes autels d'or faux ;
Sème de fleurs les bords béants du précipice ;
Allons, mon pauvre coeur, allons, mon vieux complice !
Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni ;
Entonne, orgue enroué, des Te Deum splendides ;
Vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides :
Couvre-toi de tapis mordorés, mur jauni ;
Pousse à Dieu ton cantique, ô chantre rajeuni.
Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !
Car mon rêve impossible a pris corps, et je l'ai
Entre mes bras pressé : le Bonheur, cet ailé
Voyageur qui de l'Homme évite les approches.
—Sonnez, grelots ; sonnez, clochettes ; sonnez, cloches !
Le Bonheur a marché côte à côte avec moi ;
Mais la FATALITÉ ne connaît point de trêve :
Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve,
Et le remords est dans l'amour : telle est la loi.
—Le Bonheur a marché côte à côte avec moi

Paul Verlaine
Photo Marc Lagoutte ©



2 commentaires:

  1. Ah ! Ces poèmes Saturniens, de grands classiques. Mais cependant, un peu triste, pourtant l'Automne est lumineux. Seriez-vous dans les regrets Douce? Alors, si c'est le cas, oui redressez votre cœur, la vie vous appartient, et l'avenir est bien devant.

    B.

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    1. @ B. Oui la lumière est belle en cette saison....Quand à "mon cœur", il se repose voyez-vous.....de toutes les bousculades passées. J'ai lu ce matin ces jolis vers
      " La force du miroir trompa plus d'un amant
      Qui crut aimer sa belle et n'aima qu'un mirage." de Guillaume Apollinaire.
      A méditer......

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