mercredi 11 novembre 2015


La ballade de la masturbatrice solitaire

La fin d’une liaison est toujours la mort.
C’est mon atelier. Œil glissant,
mon souffle te trouve sorti
de la tribu de moi-même. J’effraye
ceux qui restent là. Je suis rassasiée.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

Doigt contre doigt il m’appartient désormais.
Il n’est pas trop loin. Il est ma rencontre.
Je le bats comme une cloche. Je m’allonge
sous la tonnelle où tu avais l’habitude de le grimper.
Tu m’empruntais sur la couverture à fleurs.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

Prends cette nuit par exemple, mon amour,
où chaque couple se mêle
dans un même chavirement, dessous, dessus,
le deux abondant sur l’éponge et la plume,
à genoux et poussant, tête contre tête.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

C’est ainsi que j’éclate de mon corps,
un miracle énervant. Pourrais-je
exhiber le marché du rêve ?
Je suis étendue. Je crucifie.
Ma petite prune tu disais.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

Alors ma rivale aux yeux noirs est arrivée.
La lady de l’eau, se levant sur la plage,
un piano au bout des doigts, la honte
sur les lèvres et la parole de flûte.
Tandis que j’étais le balai tordu.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

Elle t’a pris comme une femme prend
une robe en solde sur une étagère
et je me suis brisée comme se brise une pierre.
Je te rends tes livres et ton matériel de pêche.
Le journal d’aujourd’hui annonce que vous êtes mariés.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

Les garçons et les filles ne font qu’un cette nuit.
Ils déboutonnent les corsages. Ils ouvrent les braguettes.
Quittent leurs chaussures. Ils éteignent la lumière.
Les créatures luisantes sont pleines de mensonges.
Ils se mangent mutuellement. Ils sont suralimentés.
La nuit, seule, j’épouse le lit.

Anna Sexton





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