mercredi 10 février 2016


Quand tu me plaisais tant que j'en pouvais mourir, 
Quand je mettais l'ardeur et la paix sous ton toit, 
Quand je riais sans joie et souffrais sans gémir, 
Afin d'être un climat constant autour de toi ;

Quand ma calme, obstinée et fière déraison 
Te confondait avec le puissant univers, 
Si bien que mon esprit te voyait sombre ou clair 
Selon les ciels d'azur ou les froides saisons,

Je pressentais déjà qu'il me faudrait guérir 
Du choix suave et dur de ton être sans feu, 
J'attendais cet instant où l'on voit dépérir 
L'enchantement sacré d'avoir eu ce qu'on veut :

Instant éblouissant et qui vaut d'expier, 
Où, rusé, résolu, puissant, ingénieux, 
L'invincible désir s'empare des beaux pieds, 
Et comme un thyrse en fleur s'enroule jusqu'aux yeux !

Peut-être ton esprit à mon âme lié 
Se plaisait-il parmi nos contraintes sans fin, 
Tu n'avais pas ma soif, tu n'avais pas ma faim, 
Mais moi, je travaillais au désir d'oublier !

 Certes tu garderas de m'avoir fait rêver 
Un prestige divin qui hantera ton cœur, 
Mais moi, l'esprit toujours par l'ardeur soulevé, 
Et qu'aurait fait souffrir même un constant bonheur,

Je ne cesserai pas de contempler sur toi, 
Qui me fus imposant plus qu'un temple et qu'un dieu, 
L'arbitraire déclin du soleil de tes yeux 
Et la cessation paisible de ma foi !

Anna de Noailles 




2 commentaires:

  1. Vous tournez une page Douce? Vous faites bien, parfois s'allèger permet d'avancer. Tout de même, être aimé ainsi, est digne du Graal, si je peux me permettre, celui qui semble avoir raté cela je le plains. Etre aimer ainsi est proche de la quête de chacun d'entre nous. Et ne se produit pas si souvent ! Mais mais il n'avait pas votre soif ni votre faim semble-t-il.
    Allons Douce ! Préservez-vous.
    B.

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