mardi 3 mai 2016


Évadné 

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta robe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant)

C’était au début d’adorables années 
La terre nous aimait un peu je me souviens.


René Char / Fureur et mystère


6 commentaires:



  1. "Certes, il faut écrire des poèmes, tracer avec de l’encre silencieuse la fureur et les sanglots de notre humeur mortelle, mais tout ne doit pas se borner là. "

    René Char

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  2. J'aime bien votre photo animée par la brise…

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  3. @ ulysse j'aime beaucoup ces mots de René Char que vous me remettez en mémoire ici.....un p'tit coup de fouet pour me permettre de redresser les yeux vers l'horizon, merci merci....

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  4. Douce, l'œuvre de René Char est pleine, non seulement d'une poésie sublime, mais aussi d'une pensée si profonde qu'elle me donne parfois le vertige comme de tracer la fureur comme les sanglots à l'encre silencieuse. Ainsi, j'ai lu, je crois dans les Feuillets d'Hypsos, quelque chose sur l'éternité qui ne durerait pas beaucoup plus que la vie…("L'éternité n'est guère plus longue que la vie").

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    1. @ ulysse.... mon livre de chevet.... "Les œuvres complètes" de René Char en pléiade.

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