vendredi 4 novembre 2016



[…] Boris, avec toi je redoute chaque mot, voilà la raison de mon silence épistolaire. Car nous n’avons rien d’autre que les mots, nous y sommes condamnés. Car tout ce qui, avec d’autres, passe – sans mots, les mots sans voix, sans rectification par la voix. Le peu de chose prononcé (l’air a tout mangé) – est affirmé, muettement hurlé. Boris, d’ordinaire, dans toute relation humaine, les mots sont juste une main-forte, une béquille, une dernière extrémité, et l’extrémité l’est toujours – dernière. On dit bien – en guise d’adieu. Je ne sais pas si elle est vraiment de lui, mais Stépoune a eu une formule définitive : « Ce qui a perdu les romantiques, c’est d’avoir toujours été les derniers. » Chacune de nos lettres est la dernière. Tantôt – la dernière avant notre rencontre, tantôt – la dernière pour toujours. Peut-être est-ce d’écrire rarement que tout reprend à neuf – à chaque fois. L’âme se nourrit de la vie, ici l’âme se nourrit de l’âme, auto-dévoration, impasse. […]



Quinze Lettres de Marina Tsvetaeva à Boris Pasternak, éditions Clémence Hiver



Un grand merci à Vanessa T. qui m'a envoyé cet extrait. 


George G. Sjisjkin / portrait de Marina Tsvétaïéva


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