mercredi 23 novembre 2016



Qui tu te rêves entoure-le de grands murs
Puis, où le jardin est visible
Depuis la grille de la porte
Plante les fleurs les plus joyeuses, 
Pour qu’on t’imagine ainsi.
Là où personne ne le voit ne mets rien.
Fais des parterres pareils à ceux des autres, 
Que les regards puissent entrevoir 
Ton jardin comme tu leur montreras. 
Mais où tu es toi-même, sans que jamais personne ne le voie
Laisse les fleurs qui du sol grandissent 
Et laisse les herbes naturelles prospérer.
Fais de toi un être double bien gardé; 
Et que quiconque voit et regarde ne puisse plus 
Savoir de quel jardin tu es – 
Un jardin ostensible et réservé, 
Derrière lequel la fleur native touche
L’herbe si pauvre que toi-même à peine ne la vois.

Fernando Pessoa


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