lundi 26 mars 2018

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux, 
Et d’étranges fleurs sur des étagères, 
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux. 
Usant à l’envie leurs chaleurs dernières, 
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux, 
Qui réfléchiront leurs doubles lumières 
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. 
Un soir fait de rose et de bleu mystique, 
Nous échangerons un éclair unique, 
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ; 
Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes, 
Viendra ranimer, fidèle et joyeux, 
Les miroirs ternis et les flammes mortes. 

Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal (1868) © Edvard Munch, Illustration pour “Les Fleurs du Mal”, 1896.

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