Quand tisonner les mots pour un peu de couleur

ne sera plus ton affaire

quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles

ne te feront plus regretter ta jeunesse

quand un nouveau visage tout écorné d’absence

ne fera plus trembler ce que tu croyais solide

quand le froid aura pris congé du froid

et l’oubli dit adieu à l’oubli

quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du

houx ce jour-là

quelqu’un t’attendra au bord du chemin

pour te dire que c’était bien ainsi

que tu devais terminer ton voyage

démuni

tout à fait démuni

alors peut-être...

mais que la neige tombée cette nuit

soit aussi comme un doigt sur ta bouche

Genève, décembre 1977

Nicolas Bouvier 





Commentaires

  1. (…) tu devais terminé ton voyage…

    Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,
    Pour attraper au moins un oblique rayon !
    Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
    L’irrésistible Nuit établit son empire,
    Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;
    Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
    Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
    Des crapauds imprévus et de froids limaçons.
    (Baudelaire)

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