Même quand mon souvenir affaibli,
pareil aux trams d’après minuit,
ne s’arrêtera plus qu’aux principaux arrêts,
jamais je ne t’oublierai.

Je garderai en mémoire
le crépuscule immense et silencieux de ton regard,
et ce gémissement étouffé contre mon épaule
comme les flocons d’une neige un peu folle.

C’est l’heure de se séparer.
Je vais m’en aller loin de toi.
Rien là qui puisse étonner.
Pourtant, une autre nuit, les doigts
d’un autre dans tes cheveux viendront
s’entrelacer aux miens, mes doigts
de milliers de kilomètres de long.

Ismail Kadaré

Photo Bruno Malfondet 



Commentaires


  1. Jamais

    Jamais, avez-vous dit, tandis qu'autour de nous
    Résonnait de Schubert la plaintive musique ;
    Jamais, avez-vous dit, tandis que, malgré vous,
    Brillait de vos grands yeux l'azur mélancolique.

    Jamais, répétiez-vous, pâle et d'un air si doux
    Qu'on eût cru voir sourire une médaille antique.
    Mais des trésors secrets l'instinct fier et pudique
    Vous couvrit de rougeur, comme un voile jaloux.

    Quel mot vous prononcez, marquise, et quel dommage !
    Hélas ! je ne voyais ni ce charmant visage,
    Ni ce divin sourire, en vous parlant d'aimer.

    Vos yeux bleus sont moins doux que votre âme n'est belle.
    Même en les regardant, je ne regrettais qu'elle,
    Et de voir dans sa fleur un tel coeur se fermer.

    Musset (1850)

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    1. @ulysse....merci merci pour ce rebond magnifique et ce poème que j'avais oublié. Finalement Musset et très contemporain.

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