Nous irons tous deux, écartant l'ortie et les fougères,
Dans les jardins où pleuvent, en traits longs et fins, les pleurs
De la lumière, où sont les jets d'eau danseurs et légères,
Les hautes pelouses s'enivrant d'oiseaux et de fleurs.
Entrons, beaux pèlerins, dans cet ermitage de gloire!
Gagnons-y notre place et faisons-nous un corps pareil
Aux choses, nous, délivrés de l'heure et de la mémoire,
Lucides dans le magnifique opium du soleil.
Nous y serons heureux comme les Anges et les Bêtes,
Sans lien, sans espoir, dont l'instant seul comble l'esprit;
Regrets, chagrins insidieux, hôlà, vaines tempêtes!
Notre cœur, par-delà les désastres, navigue et rit.
Le jour, joyeux et parfumé, chante dans mille abeilles,
Les bassins, les gazons émus sont luisants de désir;
Le bonheur pèse ainsi qu'un lourd sommeil, et les corbeilles
Scellent la terre et l'air des rouges cachets du plaisir.
La brise vole et joue et déploie une souple soie
Caressante, le ciel brille entre les feuilles, si pur!
Liberté, Liberté! l'universel midi flamboie,
Et cet apaisement tout rempli d'ailes et d'azur !
Vincent Muselli



Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
RépondreSupprimerLuxe, calme et volupté.
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