Non, tu n'as pas quitté mes yeux;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.

Là, tu m'apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t'envolas avec l'aurore.

Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t'a suivie ;
Tes yeux, où s'éteignait la vie,
Rayonnent d'immortalité !

Du zéphyr l'amoureuse haleine
Soulève encore tes longs cheveux ;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d'ébène,

L'ombre de ce voile incertain
Adoucit encore ton image,
Comme l'aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.

Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit ;
Mais mon amour n'a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.

C'est toi que j'entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage;
L'onde réfléchit ton image;
Le zéphyr m'apporte ta voix.

Tandis que la terre sommeille,
Si j'entends le vent soupirer,
Je crois t'entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.

Si j'admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.

Et si le souffle du zéphyr
M'enivre du parfum des fleurs.
Dans ses plus suaves odeurs
C'est ton souffle que je respire.

C'est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.

Quand je dors, tu veilles dans l'ombre ;
Tes ailes reposent sur moi ;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d'une ombre.

Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J'irais m'éveiller dans ton sein !

Comme deux rayons de l'aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu'une âme, et je soupire encore !

Alphonse Lamartine - Souvenir

Emmanuel Hannaux
Le Poète et la sirène
Musée d'Orsay



Commentaires

  1. Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
    Aurore d'une ville un beau matin de mai
    Sur laquelle la terre a refermé son poing
    Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
    Et la mort entre en moi comme dans un moulin
    Notre vie disais-tu si contente de vivre
    Et de donner la vie à ce que nous aimions
    Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
    La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
    La mort visible boit et mange à mes dépens
    Morte visible Nusch invisible et plus dure
    Que la faim et la soif à mon corps épuisé
    Masque de neige sur la terre et sous la terre
    Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle
    Mon passé se dissout je fais place au silence
    Eluard

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Aramis...Merveille que ce "rebond"... Merciiiii et surtout, prenez soin de vous... fidèle ami poéte

      Supprimer
  2. Oui, amie, mais la nuit n'est jamis complète:



    La nuit n’est jamais complète.
    Il y a toujours, puisque je le dis,
    Puisque je l’affirme,
    Au bout du chagrin
    Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée

    Il y a toujours un rêve qui veille,
    Désir à combler, Faim à satisfaire,
    Un cœur généreux,
    Une main tendue, une main ouverte,
    Des yeux attentifs,
    Une vie, la vie à se partager.

    Paul Eluard

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés